Des gouttes de pluie inondent mon corps. Elles s'infiltrent dans chaque parcelle du tissu des vêtements que je porte, reflétant les sentiments de mon c½ur. Des cheveux se collent sur la peau blanche de mon visage, je ne les retire pas. Je suis toujours là, à attendre l'impossible, à espérer qu'il sorte de son hôtel et qu'il se rende compte de ma présence. Mais rien ne se passe encore une fois...
Suite à plusieurs heures d'attente interminable je décide de rentrer chez moi. Ce ne sera pas encore pour aujourd'hui. J'attrape les clefs de ma voiture et marche en direction de celle-ci, garé quelques rues plus loin. Une fois dedans je mets le contact, j'enclenche les essuies glaces. La pluie battante ne veut pas faire place au ciel clair. Cela tombe bien, moi non plus je ne le veux pas. Le temps du trajet je tente de refouler la déception dû à cet énième échec. Triste habitude qui me tiraille depuis maintenant un an, mais pour moi le temps est anodin, sans importance. Je ne désespère pas, j'y arriverais, je le sais. Il me fallait juste de ça, du temps justement, et maintenant j'en ai.
La porte de mon appartement claque derrière moi. Je jette négligemment mon sac sur le buffet de l'entrée et retire mon manteau détrempé. Je vais dans la salle de bain, prends une douche rapide et me change. Mes pas me mènent tout droit vers ma chambre. Comme à chaque fois que je pénètre dans cette pièce mes yeux se posent instinctivement sur le cadre photo installé sur le chevet. Je l'attrape et du bout des doigts redessinent les silhouettes des deux personnes gravées à jamais sur le papier glacé.
« Pourquoi a-t-il fallu que tu en arrives là ?? Tant d'amour enterré avec toi... tu étais si jeune... et moi si aveugle... »
Un soupire de désespoir s'échappe de mes lèvres mais très vite effacé par un regain de détermination.
« Mais je vais réparer ça... je te l'ai promis... je t'aime ne l'oublis jamais... »
Je repose délicatement la plus belle image qu'il me reste de ma petite s½ur et de moi-même. Je glisse sous les draps frais et plonge dans une nuit avec pour seul compagnon mes cauchemars.
Lorsque mon réveil se fait entendre vers le milieu de matinée, je me lève comme un robot, me prépare comme un automate et sors comme une machine. Je ré empreinte les mêmes rues que la veille, quoi de plus logique pour me rendre à la même destination. Je me plante pour le troisième jour consécutif devant ces portes identiques mais aujourd'hui il n'y a pas de grosses gouttes pour pleurer ma peine. Le ciel est étrangement clair, des ponts artificiels de lumière sont visibles à travers les rares nuages laiteux. Peut-être que cela est un bon présage. Serait-il possible que ce jour soit celui où j'accomplirais mon devoir envers elle? Qu'enfin ma vengeance ne soit plus et que j'acquière le pardon par mon geste? Je l'espère de tout mon être.
Je m'accoude aux barrières de sécurité encadrant l'entrée de l'hôtel. La pluie de hier a fait fuir plus d'une fan mais je ne doute pas que d'ici le début de l'après midi elles auront à nouveau assiégé le lieu. J'observe le peu d'adolescentes encore là. Quelques groupes se sont formés et des sourires éclatants font leur place sur leurs visages si jeunes. Ils paraissent tous être content d'être ici à ce moment précis, une joie de vivre émane de leur être. C'est certain, ce groupe les rend heureux, mais jusqu'à quand? Bientôt ils vivront une désillusion, celle que ma petite soeur a vécue, celle qui l'a tué... Intérieurement j'ai de la peine pour eux, ils ne se rendent donc compte de rien.
La porte de l'hôtel s'ouvre, par ce geste elle coupe toute compassion pour ces innocents. Maintenant c'est à moi de jouer. Je me re concentre sur ce que je dois faire. Un garde du corps sort en premier, très vite suivi par Bill puis par Gustav et Georg mais je ne vois pas Tom. C'est lui qui m'intéresse, les autres m'importe peu. Le reste du groupe est déjà en train de signer des autographes aux fans qui ont accouru près des barrières à peine la porte entre ouverte. Je m'inquiète de ne pas l'apercevoir et s'il ne venait pas? Non c'est impossible ils sortent toujours ensemble. À l'instant même où je pense cela il apparaît en trottinant dans l'entrée. Lui aussi se met à signer des bouts de papier. Je suis toujours contre la barrière et comme les fans présentent sont peu nombreuses il n'y a pas de cohue. Bien sûr autour de moi plusieurs d'entre elles crient, trépignent de voir leurs idoles mais la place est largement suffisante pour que chacune ait leur précieux coup de stylo sur leur feuille. Mon attitude est en totale contraste avec la leur. Je suis impassible et n'émets aucun cri de jouissance en les voyant se rapprocher.
Tom est le premier qui passe devant moi. Il avance sa main en ma direction armée d'un stylo mais je ne lui tends rien. Quelque peu interloqué il relève la tête et me regarde se demandant bien pourquoi je ne lui fais rien signer. Ma seule réponse est un sourire charmeur, sur le coup il semble déstabiliser mais en un éclair il affiche au coin de ses lèvres un air satisfait. Je plante mes yeux bleu azur dans les siens, il soutient mon regard, ne le lâche pas. Durant quelques secondes j'ai attiré son attention mais son frère lui donne un coup de coude pour le faire avancer, notre lien s'effrite au fur et à mesure qu'il reprend ses esprits. Bill me regarde étrangement, je vois de la suspicion dans son regard. Tom s'est déjà désintéressé de moi, je n'ai plus rien à faire ici alors. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire je pars pour ailleurs.
La première partie de mon plan a été réalisée avec succès. La machine est lancée. Je reviendrais ce soir pour exécuter, la, voir les prochaines étapes. Pour la première fois depuis longtemps un sourire franc s'affiche sur mon visage. Je marche jusqu'à un lac non loin de chez moi, je m'installe sur un banc et regarde avec une légèreté retrouvée le paysage qui s'offre aux passants. Les éclats du soleil se reflètent sur la surface lisse de l'eau, quelques signes viennent troubler ce calme. Puis des rires enfantins se font entendre. Je tente de voir d'où ils viennent, je n'ai pas à chercher longtemps. Non loin de là, deux fillettes d'environ six et dix ans jouent ensemble. Elles sont près du lac et s'amusent à s'éclabousser. La plus âgée attrape dans le creux de ses mains le liquide et tente comme elle peut de l'envoyer sur sa camarade, les gouttelettes s'envolent comme des centaines d'étoiles dans le ciel. Elles arrivent à destination. La fillette mouillée ne semble pas ravie du résultat alors que l'autre n'en n'est que trop peu heureuse.
- Laura! Maman va me gronder maintenant.
- Mais non c'est que de l'eau.
- Oui mais même!
- Si tu veux t'as le droit de me mouiller aussi comme ça on se fera gronder toutes les deux ensembles.
- C'est vrai?
- Bien sûr puisque je te le dis.
- Merci.
La plus jeune se jette dans les bras de son aînée comme si elle venait de lui annoncer la plus belle nouvelle de sa vie. Je regarde la scène attendrie, elle remue en moi tant de souvenirs passés. Je me revois au même âge, un flot de sentiments enfouit me submerge. Et une scène de mon enfance s'impose à mon esprit.
Deux enfants à qui la vie semble sourire sont allongées dans un champ aux herbes folles. Sur le dos, elles admirent le ciel d'un mois de juillet ensoleillé, elles sont sereines et tellement bien, là, ensemble. La cadette lève sa main vers le ciel pour désigner un nuage à l'allure particulière à ses yeux.
- Regarde Lorine, on dirait un champignon.
- Mais non ça ressemble plutôt à un coeur.
- Je ne trouve pas.
L'aînée dispose ses mains en forme de coeur et les place devant le nuage supposait avoir la même forme. Les deux éléments s'emboîtent parfaitement.
- Tu vois que j'ai raison.
- Peut être...
- T'es de mauvaise foi c'est tout.
- Mais non, attends je re regarde bien.
La plus jeune plisse les yeux signe de sa concentration. Après quelques secondes elle regarde sa soeur tout sourire.
- T'as raison en fait
- J'ai toujours raison, tu devrais le savoir depuis le temps
- Pff
Les deux jeunes filles se remettent dans leur position initiale et laisse la place au silence. Celui qui n'a pas besoin d'être rompu par des paroles inutiles, celui qui veut dire beaucoup, celui qui laisse le son de l'herbe fouetté par la brise l'accompagner.
- Lorine?
- Oui.
- Est ce que tu seras toujours là pour moi?
La question de sa soeur la trouble, un tel sérieux la surprend. Consciente qu'elle attend une réponse sincère elle répond.
- Oui toujours. Peu importe les problèmes que tu peux avoir je serais présente pour toi. Jamais je ne te laisserais tomber, jamais je ne t'abandonnerais Mila. Tu peux compter sur moi. Tu sais je te protègerais et je veillerais toujours sur toi.
La petite rassurée vient poser sa tête sur l'épaule de sa soeur et lui souffle un "merci". Leurs doigts s'entrelacent et elles recommencent à s'imaginer mille et une images dans un ciel toujours clair.
Mais j'ai menti, je n'ai pas su la protéger, je n'ai pas su voir le mal qui la rongeait. J'ai lâchement échoué dans le rôle de grande soeur qui m'avait été attribué. Une larme roule le long de ma joue, je ne cherche pas à la chasser. Je me sens tellement coupable de ne pas avoir été là comme je te l'avais promis. J'espère qu'un jour tu me pardonneras d'être celle que je suis, de ne pas avoir été la grande soeur qui t'aurait sauvé. À chaque instant je maudis mon erreur mais je travaille dur pour me racheter. Depuis plus d'un an je consacre tout mon temps à ma rédemption. Aujourd'hui j'approche du but ultime, tu vas pouvoir dormir en paix, ton assassin va être puni de ma main.
En fin d'après midi je me mets en route vers mon appartement. Arrivé chez moi je me dirige vers mon armoire, j'en enlève l'ensemble préparé depuis longtemps, il est temps de le porter. J'enfile une jupe noire fluide légèrement volante. Je passe sur mes épaules un haut en coton dans les tons beige, à fines bretelles, de la dentelle de la même couleur orne le décolleté. Mes pieds sont chaussés d'une paire d'escarpins eux aussi noir. Devant le miroir de ma salle de bain j'applique un maquillage légèrement appuyé mais pas au point d'être vulgaire. Je laisse mes cheveux bouclés détachés. Lorsque je suis prête je prends la fiole qui est soigneusement rangée dans mon chevet et la glisse dans mon sac à main. Pour finir j'attrape ma veste beige et marche vers l'hôtel encore une fois.
Cette fois ci il y a beaucoup plus de monde que ce midi, une centaine de fans sont agglutinées autour de l'entrée. Je reste à bonne distance du troupeau. Après une demi heure d'attente un van noir fait son irruption dans la rue, les fans s'agitent et ne cessent de se bousculer. Les quatre allemands descendent de l'automobile et signent mécaniquement des autographes. Je me suis rapprochée et grâce à mon un mètre soixante quinze je vois clairement ce qui se passe. Il est là, à quelques mètres de moi, je le fixe profondément. Je veux qu'il lève la tête et me regarde, je veux voir ses yeux dans les miens. Comme s'il avait lu dans mes pensées mon désir se réalise, son regard croise le mien mais il glisse sur moi. Alors que je pensais ne pas avoir réussi à capter son attention il retourne sa tête dans ma direction. Et comme ce midi je le tiens, la scène se re déroule de manière identique aux détails près. Des fans s'impatientant le font redescendre sur terre, il secoue alors la tête comme perturbé. Je le vois appeler un garde du corps, il lui chuchote quelques mots à l'oreille et me désigne d'un signe de tête.
Dix minutes après leur entrée dans l'hôtel les trois quarts des fans sont déjà rentrées chez elles. Je n'ai pas bougé d'un pouce pour être honnête, j'espère toujours. Je sens quelqu'un me toucher le bras, je me retourne pour savoir de qui il s'agit. Ce n'est d'autre que le garde du corps à qui Tom s'est adressé tout à l'heure.
- Excusez moi mademoiselle.
- Oui?
- Monsieur Kaulitz vous demande dans sa chambre, souhaitez vous l'ai s'y rejoindre?
- Avec plaisir.
Intérieurement je saute de joie, je n'en espérais pas tant. En plus il me facilite la tâche, quel idiot. Je suis ce monsieur envoyé pour me chercher. Il écarte une barrière qui bloquait le passage vers le hall de l'hôtel et m'invite à poursuivre mon chemin. Les quelques fans encore présentes regardent la scène d'un mauvais ½il. Je n'en fais pas cas et continu dans la direction qui m'est indiqué. Le garde du corps devant moi me fait prendre l'ascenseur, silencieusement je me poste à coté de lui dans cette cage métallique. Il s'arrête au troisième étage, nous sortons et il m'accompagne jusqu'à la chambre soixante quatre. Un fois devant, sans un mot, il s'en va je ne sais où.
Je me concentre sur ma tâche avant de faire savoir ma présence à l'homme qui est de l'autre coté de la porte. Je n'ai pas le droit à l'erreur, j'attends ce moment depuis tellement longtemps que j'ai l'impression de rêver. Il faut que je reste naturelle, calme et détendue mais comment faire quand vous êtes en face de la personne pour qui vous nourrissez une haine sans pareil depuis plus d'un an? Il va falloir être bonne comédienne, mais depuis le temps que je m'y exerce je ne peux chuter.
D'un ton décidé je frappe à la porte, j'entends des pas venir en ma direction. Comme dans un film la scène se déroule au ralenti, lentement la porte s'ouvre sur lui. Pendant un bref instant la lecture se met sur arrêt sur image. Le temps se stoppe et n'agît plus, mais cette sensation ne dure qu'un instant. Tom prend alors la parole en premier.
- Guten natch.
- Guten natch.
- Tu parles allemand?
- C'est mon pays.
Il marque une pause, puis en ouvrant plus franchement la porte il me dit.
- Tu veux entrer?
La question me parait terriblement stupide, après tout pourquoi je serais là sinon? Malgré le fait qu'il ne me dise ces mots uniquement par politesse il n'en reste pas moins que leur intérêt est affreusement douteux.
- Pourquoi pas...
Il me fait entrer et ferme la porte derrière moi. Je sens son regard me détailler, les moindres détails de mon corps sont soumis à une inspection minutieuse. Lorsque je me retourne je le vois appuyer le dos contre la porte, un sourire étire ses lèvres. Puis comme un félin il s'approche, pour n'être finalement qu'à quelques centimètres de mon corps. Je ne bouge pas, je le laisse faire.
- Tu es là pour les mêmes raisons que pour celles que je t'ai fait entrer, n'est-ce pas?
Son interrogation n'en est au fond pas vraiment une, c'est pour cela que je ne prends pas la peine d'y répondre. Il passe le revers de sa main sur ma joue et la câline.
- Tu as vraiment des yeux magnifiques.
- Merci.
- Tu veux un verre?
- Oui s'il te plait.
Lentement il écarte ses doigts de ma peau mais ne se dirige pas pour autant vers le mini bar éclairé derrière lui. Il reste là, à me contempler, je tente de soutenir son regard lourd de désir. Au moment où j'allais baisser les yeux il arrête enfin de me faire endurer ce supplice. Je reprends contenance, je n'ai pas le droit au moindre écart, je ne peux me le permettre. Quelques minutes plus tard il revient avec deux coupes de champagne à la main, il m'en tend une que je prends, en lui accordant en guise de merci un sourire.
- Je ne te l'ai pas encore demandé mais quel est ton nom?
- Lorine et avant que tu me poses la question, je ne suis pas mineure, j'ai dix neuf ans.
Il affiche un air satisfait à l'énonciation de cette clarification. Puis d'un pas lent il vient s'asseoir au bord du lit, il tapote de sa main la place à sa gauche. Sans hésitation je m'y installe. Il repose sa coupe de champagne vide et tend la main pour que je lui donne la mienne. Elle finit très vite à coté que sa jumelle. Du bout des doigts il attouche la peau de mon épaule, je frémis sous ce contact mais pas de plaisir, de dégoût. Ses lèvres caressent ma clavicule découverte alors que son bras droit s'enchaîne à ma taille. Je balance ma tête en arrière pour lui faciliter la tâche même si c'est la dernière chose que je désire. Sa bouche est sur la mienne, il tente d'y introduire sa langue mais je ne l'aide en rien. Voyant que je ne suis pas aussi respective que lui il défait notre contact et me regarde interrogateur.
- Ça ne va pas?
- Si si, très bien.
Si je n'y mets pas plus de conviction il va se douter que quelque chose ne tourne pas rond. Pour effacer les doutes qui s'insinuent dans ses pensées, je passe mes mains sous son tee shirt et redessine ses muscles. Puis je l'embrasse fougueusement en le faisant basculer sur le dos. Heureux de ce revirement de situation il s'évertue à faire glisser les bretelles de mon débardeur. Je deviens de plus en plus entreprenante en frôlant l'élastique de son boxer. Je sens sa respiration s'accélérer dangereusement. C'est le moment pour passer à l'étape suivante, il est à ma merci. Subitement je m'écarte de lui pour finalement me retrouver debout près du lit. Surpris il ne semble pas comprendre. Il s'assoit et tente de se lever.
- Mais...
- Chut...
J'applique un doigt sur ses lèvres pour le faire taire et par la même occasion le faire se rasseoir. Malicieusement je lui lance.
- C'est bien meilleur lorsque l'attente est à son maximum.
- Je suis au maximum là.
- Tu peux faire mieux que ça.
Il ne réponds rien, ses yeux brillants témoignent de son désir non assouvit. S'il savait que je ne lui donnerais jamais satisfaction il en serait déçu.
- Tu veux peut être un autre verre de champagne?
- Je veux bien oui.
J'attrape nos verres et me dirige vers la bouteille ouverte près du mini bar. Je renverse de ce précis liquide dans nos coupes respectifs puis par acquis de conscience je jette un coup d'oeil vers Tom pour savoir ce qu'il fait, il n'a pas bougé. Rassuré j'ouvre mon sac à main à proximité et discrètement j'en ressors une fiole transparente. Je la débouche et en verse un volume conséquent dans le verre de mon hôte.
Sûre de moi, je retraverse la chambre et donne son verre à Tom toujours assis. Nous trinquons mais pas à la même chose malheureusement pour lui. Il vide d'un trait le contenu alors que je me délecte de cette scène. Il vient de mettre en route le décompte des minutes qu'il lui reste à vivre. Il m'attrape par les hanches et me fait me positionner à califourchon sur lui. Je ne lutte pas, je pose maladroitement mon verre. Il s'attaque à ma gorge puis à ma poitrine, je le laisse faire. Après tout, je peux accorder cela à un condamné à mort. Ses mains se baladent de manière malsaine sur ma peau mais je ne pense qu'au poison qui se répand dans son sang, qui détruit ses cellules, qui expire la mort.
Au bout de quelques minutes, enfin, Tom commence à percevoir les effets meurtriers du venin qui enflamme son être. Il secoue la tête pour faire disparaître le trouble de sa vue, sans aucun résultat. Sadiquement je lui demande s'il va bien. Bien sur que ce n'est pas la cas. Il me soulève de dessus lui et se lève en titubant, il fait quelques pas mais tombe lourdement sur le sol, en ayant au passage essayé de se rattraper au chevet. Les conséquences de son geste ne sont qu'un bruit de lampe brisée. Je reste sereine face à la scène qui se déroule devant mes yeux alors que lui commence à paniquer.
- Qu'est ce qu'il m'arrive?
- Tu es en train de mourir Tom.
- Mais... Qu'est ce que tu racontes...
- Le cyanure se propage lentement dans ton sang, c'est l'avantage de ce produit, la mort est lente et douloureuse. Il va détruire tes organes vitaux, et va finir par brûler ton coeur comme tu as brûlé celui de ma soeur.
Il n'assimile pas clairement mes mots mais peu importe. L'homme que je vois à terre prend appui sur ses mains et utilise le peu de force qu'il lui reste pour se relever mais inévitablement n'y arrive pas. Alors comme dernier recourt il rampe comme un ver en direction du téléphone quelques mètres plus loin. Devinant son intention je me lève et débranche l'objet de sa convoitise.
- Tu ne peux pas fuir, quittes ce monde au moins dignement.
- Tais toi!
Des larmes perlent au coin de ses yeux, il sent sa fin venir. Dans un dernier espoir il se met à hurler le prénom de son frère, il s'époumone, se casse la voix en espérant le voir à l'encadrement de la porte pour le secourir. La scène est d'un pathétique.
- Il ne viendra pas.
- Bill!!!.. Au secours!... Bill aide moi... j'ai besoin de toi petit frère...
« J'ai besoin de toi petit frère » cette dernière phrase tourne dans ma tête telle une spirale infernale. J'aurais tellement voulu que ma soeur me demande de l'aide, qu'elle n'affronte pas son malheur seul. Mais voilà je n'étais pas là pour elle, par contre je m'y suis dévouée corps et âme à l'heure d'aujourd'hui. Me vois-tu de la où tu es? Es-tu fière de moi maintenant? Je t'ai vengé petit ange. Ton meurtrier péri de ma main devant mes yeux. J'ai accompli mon devoir, j'ai posé mon fardeau.
Alors que je suis persuadée d'avoir réussi, quelqu'un se met à tambouriner à la porte.
- Tom ça va? Tout va bien? Ouvre moi c'est Bill.
- Bill...
L'appel ultime de Tom ressemble à une plainte revenu de l'au-delà. Je me précipite sur la porte pour la verrouiller mais Bill est plus rapide que moi. Il fait irruption dans la chambre et se stoppe devant le spectacle qui l'horrifie. Son regard passe alternativement de son frère à moi, il se jette à genoux près du corps mourrant de son double. Il le prend dans ses bras et cherche à identifier son mal.
- Qu'est-ce que tu as Tom?
- Je... C'est elle...
Il me désigne d'un doigt accusateur. Délicatement Bill repose son frère au sol et se lève de toute sa hauteur. Il avance vers moi avec à la place des yeux des nuées ardentes. Je recule par réflexe mais le mur vient très vite bloquer ma progression. Bill m'attrape le bras et me le sert à m'en faire mal.
- Qu'est-ce que tu lui as fait?
- Ce qu'il méritait.
Sa pression sur mon membre est de plus en plus forte, son autre main vient enlace mon cou et le soumet lui aussi au même sort.
- DIS MOI CE QUE TU LUI AS FAIT!
Dans d'autre circonstance j'aurais pu avoir peur mais plus maintenant. Cette culpabilité que je portais jusqu'alors disparaît avec la vie de Tom. Il ne m'impressionne pas, j'ai fait ce qui était juste.
- Il a tué ma s½ur! Alors il doit payer.
- Mais Tom n'a jamais tué personne!
- Bien sur que si, par sa faute ma petite s½ur s'est donnée la mort.
- Elle s'est suicidée?
- Oui parce que ton imbécile de frère n'a pas su voir la perle qu'elle était.
Je me dirige vers Tom en me débarrassant au passage de l'emprise de Bill. Je me mets à sa hauteur et lui crache tel un venin perfide la peine qui me ronge depuis qu'elle nous a quitté.
- Ça te dit quelque chose Mila? Évidemment que non. Tu es bien trop prétentieux pour accorder la moindre importance à une jeune fan qui t'était dévoué. Elle a fait tellement pour toi, tu étais son prince charmant. Les murs de sa chambre étaient tapissés de tes photos, elle passait en boucle tes instrumentales. Elle ne ratait pas un de tes concerts en France et cela bien avant ton succès européen. Souvent elle rentrait tard et dormait même dehors devant ton hôtel pour espérer t'apercevoir. Des lettres elle t'en a envoyé par centaine pour te crier tout ce qu'elle ressentait pour toi. Elle t'idolâtrait comme un dieu vivant. Et toi tu t'en fichais. Combien de fois elle est rentrée dépitée parce que tu ne l'avais même pas remarqué. Combien de fois elle a rêvé de recevoir une lettre de ta part lui prouvant ton intérêt ne serait ce minuscule pour elle. Un jour mon petit ange a décidé qu'elle devait mettre fin à cela, fin à son illusion, fin à tout ce qui l'a rattaché à toi... Quand je suis rentrée dans sa chambre ce soir là et que je l'ai vu tout ce sang autour d'elle j'ai été marqué à vie par cette image. L'image d'un ange déchu aux veines ouvertes sur des draps blanc. Et tout ça est de ta faute, tu attends, de TA FAUTE!
Je finis ma tirade noyée par les larmes, les images de ce jour m'assiègent et me meurtrissent. Ils reviennent tels des flashes aveuglants, parsemant mon esprit d'images noires. Je pensais quand mettant fin au jour de ce guitariste qui l'avait tant blessé je serais libre mais j'ai eu tord. J'ai l'impression que ma tête va exploser, je me sens mal de faire le mal. Pourtant ça fait tellement de temps que je rêvais de ce moment pour finalement ne pas en récolter les fruits convoités. Je ne peux pas mettre tromper à ce point? Et si la véritable responsable n'était d'autre que Mila? Que ce guitariste n'y soit pour rien? C'est tellement plus alléchant de tourner sa haine vers les autres. De ne pas accepter et de juste rejeter.
Martyrisée je tombe à terre, je ne veux plus subir, je ne veux plus souffrir de sa perte. Mon c½ur se déchire et mon âme hurle à la mort. Mes sanglots empêchent toute respiration régulière, je suffoque de l'intérieur. Comment faire pour tuer cette toxine qui perfidie mon esprit. Je veux arrêter cela et peu importe le moyen. Je me lève et va cherché la fiole à demie pleine dans mon sac. Lorsque je l'en ressort une main s'enroule autour de mon poignet et arrête mon action. Cette main a des ongles vernis, je lève les yeux vers d'autres cernés de noir.
Bill lutte pour que je ne détruise pas la partie de moi qui vient d'administrer un poison mortel à son frère. Je lâche la bouteille qui éclate en mille morceaux lorsque son contact avec le sol la brise. Ma tête tourne atrocement, je ne suis plus maître de moi-même. Suis-je folle? Des bruits de sirènes au loin rugissent alors que mon inconscient me soumet à son pouvoir en me faisant tomber dans un évanouissement qui à des allures de paradis.
Six mois sont passés depuis cette nuit infernale. Je suis pour la dernière heure dans cet hôpital psychiatrique qui m'a appris à comprendre et accepter la décision de ma s½ur. Maintenant je sais que c'est ni la faute de Tom, ni la mienne. C'était uniquement son choix et je le respecte maintenant. Tom a reçu un anti-poison rapidement et n'a donc pas succomber à mon plan, il n'a pas porté plainte pour tentative de meurtre avec préméditation, au début je n'ai pas vraiment compris pourquoi. Si Bill était arrivé ne serait ce qu'une dizaine de minutes plus tard, il ne serait plus de ce monde.
Suite aux conseils des médecins je lui ai adressé une lettre pour lui faire par de mes sentiments à nouveaux lucides. À mon grand étonnement il m'a répondu. S'en est suivit une longue correspondance qui n'est certainement pas pour rien dans ma guérison. À travers nos mots échangés il a appris à comprendre le pourquoi de mon geste et dans une de ses dernières lettres il m'a même annoncé qu'il me pardonnait. Des mois que j'attendais impatiente de voir ces petits mots inscrits sur une de ses lettres.
Je suis à l'heure qu'il est en paix avec moi-même et surtout avec toi ma petite Mila.
« Je t'aime ne l'oublis jamais »
Je l'ai lue sur CETTE fic (qui au passage est très bien écrite et géniale),
et je l'ai tout de suite trouvée magnifique.
J'avais les larmes aux yeux à la fin.
Et vous ?? Vos impressions ??
Donnez-les, ça fera plaisir à l'auteur.
Merci pour vos com's.
Bisous <3<3
MA FICTION C'EST ICI
© Traumen-nur-eine-weile